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Bernard Anton : L’œuvre poétique (1987-2004)

avec les préfaces originales

de Gaston Miron et Jean Éthier-Blais



De 1987 à 2004, Bernard Anton a patiemment bâti un univers où chaque mot pèse son poids de lumière et d’ombre. Cette réédition rassemble près de deux décennies de création, offrant le portrait d’une plume, riche en images et en émotions, surtout en constante réinvention.


Parcourir ces dix-huit ans de poésie, c’est assister au déploiement d’une voix unique, au son de cristal, qui traverse le temps. Voix reconnue d’emblée par Jean Royer, Gaston Miron, Jean Éthier-Blais pour sa fraîcheur et son originalité. Dès les premiers vers, des thèmes fondamentaux comme l’amour, la mort, la nature, la guerre, la joie de vivre se croisent et se répondent.


Plus qu’une compilation de recueils devenus introuvables, ce livre est une invitation à la redécouverte. Redécouverte d’une beauté et d’une sensibilité qui ne peuvent être oubliées.



Note biographique : 

Bernard Anton, Ph. D, professeur et thérapeute retraité, a signé plus de cinquante ouvrages, naviguant entre poésie, nouvelles, théâtre, romans et essais. Les critiques ont décelé tôt le raffinement et l’humanisme de sa pensée et de son verbe. On l’a qualifié dès ses premiers recueils de « magicien des mots ». Son œuvre vise l’épanouissement et le bien-être des humains. Il a créé le Prix Mur de l’espoir pour le haïku en 2020.






Cette compilation comprend sept recueils :


Fêlures d’un Temps I (1987)


Fêlures d’un Temps II (1988)


Fragments arbitraires (1989)


Les anémones (1991)


À une absence (1992)


Écroulement de la Terre et des vivants 

suivi de Séquences du partir (1994)


Laurentïdes suivies de Automnales (2004)







 

Fêlures d’un Temps

(Volumes I et II)


Introduction de Gaston Miron


Cette poésie, celle de Bernard Anton… qui mêle sa voix aux nôtres, porte son poids de mémoire et de blessures, mais est aussi traversée par le merveilleux et l’enchantement des images, et la respiration du vers épouse les souffles de la sensibilité et de la pensée. Le passé est ici exorcisé, et se dit l’espoir que la beauté soit le quotidien et l’avenir de l’homme. Il s’y trouve encore et souvent, dans les mouvances de la forme, une vérité de l’émotion et le miracle de la présence qui ne trompent pas.

Gaston Miron

paru sur la 4e page de couverture du livre, 1988


Appréciation de Jean Royer


Bernard Anton, poète…, s’invente un chant souverain, fluide, où baignent les beautés du monde. Chez lui, la poésie nomme ces « fêlures du temps » contre le mal et l’amertume, contre la violence et la mort. Ces poèmes interrogent la condition humaine à même « la voix de la terre » et « la voix des siècles qui traverse la chair ». On y lit une maîtrise peu commune du langage.

Jean Royer

Le Devoir, « Connaissez-vous ces nouveaux poètes ? »

 13 février 1988

 

Présentation

 

Fêlures d’un Temps est une plongée poétique au cœur des blessures invisibles qui marquent l’enfance et la mémoire d’un jeune adulte, issu de parents divorcés, et confronté à la dureté de l’existence.


À travers une langue dense et évocatrice, le protagoniste explore les territoires de l’absence, du silence et du voyage intérieur. Chaque poème dessine des paysages de lumière et d’ombre. L’enfance se confronte, entre autres, à la solitude et à l’ennui. La nature devient le miroir des émotions.


Divisé en six parties qui progressent chronologiquement, ce recueil relate des scènes de l’enfance (I), les premiers pas en amour à l’adolescence (II), l’appel du large et le voyage (III), la nostalgie après le départ (IV), l’étreinte de l’hiver et du froid (V), les consolations en amour (VI).


Fêlures d’un Temps est une méditation sur les méandres d’une mémoire blessée et sur la quête d’un amour salvateur. L’écriture mêle réalité tragique et lumière d’espoir. Malgré ses déceptions, le personnage refuse de s’abandonner à la déprime. Il célèbre la vie.


Ce livre est un voyage, à la fois intime et universel, qui fait découvrir non seulement les fêlures de l’âme, mais aussi la lumière qui en émerge. Ces poèmes donnent à voir l’invisible et à ressentir l’intangible. Chaque mot est une étincelle qui sculpte le silence. Chaque image une révélation de la lumière cachée au creux des meurtrissures. Il en ressort une richesse symbolique et une élégance poétique qui confèrent au texte sa véritable résonance.


B.A.


 

à Gaston Miron

Extraits du recueil (sur l'enfance)


Fêlures I

 

I —

Par nuit claire qui multiplie ses ombres

et pousse l’enfant à son plus blanc

désespoir        tu me promènes

comme une mémoire derrière les songes

Tu emmêles quelques humides absences

et me racontes avec des paroles embuées de silence

des histoires de fontaines et de bûcherons

des histoires de fourches et de mésanges

qui retirent mon être de ses ténèbres d’enfance


II—

L’ennui cet oiseau du néant

recouvre sa présence

Les philanthropiques cigales

suspendent dans le soir

leurs fugues et leurs légendes

Pour ne pas pleurer je rêve

à celle qui marche là-haut avec nous

se cache parmi les branches

Du bout des doigts de son ombre elle me touche

me montre les blessures de ses genoux

Je t’aime pour tes cils qui emplissent mes nuits

pour tes joues plus tristes que ta bouche

– L’innocente, la triangulaire          lune

île à la plage douce comme sa courbe


III—

Déshabillé du sommeil l’enfant

dessine ses chagrins

sur la plage livide des heures

Une plaine de cristaux habite

son visage pétrifié par l’ennui

Pour briser le trouble silence

cloué        énigme sur le mur

pour rallumer la braise morte

de ses paroles endormies

il clame jusqu’à ébranler les banquises de la lune :

voyageuse nuit        dis-moi que la vie est

une torche froide qui saigne dans le noir

et brûle de mourir


IV—

Cour d’école         les enfants s’inventent des ailes

pour toucher le haut des arbres

là où se brouille l’air comme fond

la plainte de l’hirondelle

Leurs cris         averse de pierres

qui fait mal à la terre

dérangent sa solitude

– Si je pouvais disparaître et suivre

la paisible marche des nuages

murmure son œil égaré là-haut

derrière ces formes blanches qui passent

et changent sans cesse de visage


V —

Plus froids que les bras des pères

les seins vides des mères

les doigts arides des sœurs jusqu’aux os

Lourde leur voie de carpe

Son nom, il se l’épelle        s’interpelle

quand l’ombre de la mélancolie

campe          veilleuse près de son lit

quand le voile du ciel

tombe sur les toits et les bruits

– Pourquoi ne l’as-tu pas gardé

dans ton ventre       ô sa mère ?

Pourquoi l’as-tu arraché à son oasis de ténèbres ?


VI—

Comme des pions

les enfants qu’on déplace à son gré

sur quel échiquier ?

Joueurs toujours absents

Chevaux immobiles dans leur trot

L’enfant attend

carreau blanc        carreau noir

échec à la reine        échec au roi

Qu’importent les entailles du chemin !

Les fatidiques douleurs sont des oranges pourries

qu’il jette par les fenêtres des tours

avec la cendre de ses ennuis


VII—

Du creux de ses tempes il ôte

un oiseau blanc coiffé d’épines

l’embrasse avec patience

puis l’enlise douloureusement dans sa nuit

Il pense :

les enfants naissent dans un drap        

que les femmes trouvent suspendu à un arbre        

sans drame ni tourment

— fruit de lune         ou d’une colline


VIII—

Encore le crépuscule au fond de ses yeux

encore une fissure au bord des cieux

Une goutte de soleil dévie

dans un val de silence

le long du promontoire qui expire

près des rives de sa bouche

gouffre où se fracassent          vagues de mots et de cris

Et s’étiolent les cils dans le ciel des périples mûrs


IX—

Qui a dit que la nuit est violente

pour les grands seulement ?

Qui a dit que les arbres promènent

leurs vilaines ombres vêtues de blanc

quand se dérobent les épaules du jour

et les chuchotis des pas ?

Il veille avec ces fleurs qui savent

que la mort les dépouillera demain

Il veille et voit dépérir la coiffure du Temps

— Un signe tremblant sur ses joues

plus précieux que le bonheur

ou la plaie de la maisonnée


X —

Derrière le souvenir du Temps

derrière le mutisme des heures

face à la lune d’eau

ses yeux ses rêves et le vent


XI—

Ses larmes sont des cris dans l’eau

qui meurent avant d’éclabousser

la pierre intouchable des grands

Ses larmes, paroles muettes et profondes

qui coulent comme l’eau du soir

loin des prunelles de ceux

qui allument les lampes hors des maisons

— Un semblant de déluge inonde

le vent et sa figure d’ombre et d’absence

Seules les fleurs sont affables ici-bas

et cette multitude de taches blanches et bleues

qui survolent les montagnes

lui parlent du haut de leur perchoir


XII—

Son désespoir attriste la mer

Elle le lui arrache

le tord le déchire le mâche

puis le regarde tremblante d’extase

avec ses griffes mouillées de râles

Il crie et disparaît

perplexe parmi ronces et allées

Devant ce vacarme ou ce prodige

il reconnaît son mal dissipé par

milliers d’étincelles qui brillent sur l’onde salée


XIII—

Au svelte matin qui se dresse et revêt

chapeau et gants de lumière

nouveaux, mais lointains comme sa peine

il rêve :

dans la forêt il s’en va         sur un cheval blanc

épargner le sang de la brebis

qui brave les sourcils longs et méchants

des ombres qui l’épient

— Si un monstre évadé

s’en apercevait avec         gestes et regards délébiles ?

Si la peur venait soudain à lui

rampant comme bête des îles ?

Des sentinelles de paix munies d’invisibles projectiles

jalonneraient sa traversée


XIV—

Son visage dans la terre il creuse

avec ses mains et sa candeur

un ciel fermé pour ses chagrins

Frugale une fleur poussera là demain

entre les coussins de pierre

portera son sang et sa sueur

s’appellera       lys-de-cœur


XV—

Comme un port de répit s’ouvre la vie

à celui qui ne se lasse des recommencements

ni des affres du vent

Il retrouve sans faille ni dérangement

les parures premières de l’existence

Des regards sans tain et des sourires

plus beaux qu’un peuple de loriots

viennent à son insu l’étreindre

parce que l’âge de ses tempes est une jacinthe

parce que léger et patient il regarde là-bas

près de l’eau endormie          les fleurs en flamme

perchées dans le sommeil de la nuit


XVI—

À sa stupeur d’enfant relevé de ses abîmes

un rayon l’emmène loin des heures futiles

au-delà des montagnes de nuages

des promesses agenouillées qui oublient —

Son âme rejoint les grands voyageurs du ciel

à l’œil triste et obscur

qui déverrouillent avec leurs ailes

les portes de l’ennui

Il croit aux moindres cris qui s’engouffrent

entre deux lunes

Un tremblement de feuilles

dans le silence vide s’incline et se tapit


Laurentïdes

(2004)


Extraits


Présentation


Ces flashs poétiques, à la fois concrets et abstraits, constituent un hymne à la nature et à la beauté. Ils sont captés à même le cœur des Laurentides à qui ils appartiennent. Ils sont peints avec les couleurs et le timbre des « paroles d’eau » des Laurentides. Les règnes minéral, animal et végétal y prévalent. L’être humain retrouve ici son habitat naturel.


Tels des éphémérides qui immortalisent des instants du paysage, les courts poèmes de ce recueil s'effacent pour laisser place à l’expérience, à l'intensité de la rencontre avec le vivant.


Ce retour aux sources réconcilie l’être humain avec les éléments de la nature, « quotidienne compagne », qui reprend sa place primordiale. Le poète invite à la redécouvrir, avec émerveillement. Il en ressort un art de vivre « au seuil de la beauté » où « le plus petit brin d’herbe s’affirme d’exister », où « chaque fragment de paysage » est à saisir, à habiter.



Le soleil habille d’or

l’ultime musique du soir


Le sang du paysage coule dans les veines

de la lumière et du vent


Dormir dans la haute forêt

se réveiller arbre ou nuages


L’eau cerne l’épaule de la roche

la roche cerne l’épaule de l’eau

et fondent dans l’abîme de la rencontre


Le vent musicien pratique ses arpèges

sur le dos du lac


Vent amoureux de la roche

la porte si haut

elle se croit hors mémoire du temps


Délier courroie des sandales des arbres

qui désirent se baigner dans l’eau


Coucher du soleil

un castor traverse le lac          en ligne droite


Le lac aux baigneurs qui s’en vont :

encore, encore, ne me quittez pas !


La balançoire va et vient

sans musique ni vent


Le pic-bois ne répète qu’une mélodie unique


Soleil de carte postale

labrise m’appelle au lac


Mur de pierres

transformées en lingot d’or

par le soleil du soir


Chemin qui monte et descend

contourne douce taille de la montagne


Couleuvres debout

ballerines au bord de l’étang estival


Je me penche sur chaque fragment de paysage

en fais mon fragment


Sur quelle branche l’oiseau qui m’éblouit

par son chant ?


Montagnes

l’une plus ronde, plus verte que l’autre


Teintes de vert

à volonté jusqu’aux plus luxuriantes


Les montagnes se donnent la main à l’horizon

au fond du lac


Maison au pied ou au sommet de la montagne

dans ou devant le paysage


La pluie parfois

musique nocturne au sommet du jour


Torrents et rapides au printemps

de la blancheur des harfangs


Crépuscule          l’eau flamboie         

ciel et montagnes multiformes


Tout est neuf et plus jeune

même les étoiles qui fondent

dans l’eau chaque matin


Le vent danse avec la voile

la voile danse avec le vent

sur une musique de cygne et de réticence


Quand le bleu est bleu

c’est à dire chemin de ciel ouvert         sans ambages 

alors fêtes sur lacs et plages


Lune laurentienne :

bijou brochet au veston de la nuit


Perles et diamants

cultivés par ce jet d’eau

où se baignent trois passereaux


Lune ce soir :

lettre apocryphe à déchiffrer


Sapins ancestraux          roches monstres

à côté de jeunes bouleaux safran


Le moindre élément de la nature rejette ici

institution qui bride


Même le temps mis hors du temps

pas le droit de sévir


Vivre au seuil de la beauté

loin des parodies


Le plus petit brin d’herbe

s’affirme d’exister


Le vent bavarde longtemps avec les branches

voyage avec leurs murmures


Fleurs et arbres

petits et grands candélabres          pour honorer la vie


Lune parmi les nuages

invite au périple derrière les interstices


Lune des Laurentides

toujours en robe de noces


Ma rame tremble de froisser

robe lisse de l’eau


Je savoure paysages

avec yeux et sens des arbres


Incessant gazouillement du jet d’eau

aux branches éphémères et transparentes


L’infini en partie ici


Cavernes          point d’ermites

mais grottes d’amoureux


Rhapsodies matinales

éblouissement musical          du concert d’oiseaux


Le vent joue une sérénade

sur un instrument à inventer


Récitatif des étoiles          sur un podium bleu de nuit

devant un auditoire de montagnes et de lacs


Danse des papillons

au son de luth de ma potentille


Chatoiement de soleil

poissons bondissent         hors de leur lit d’eau


Les arbres chantent avec l’eau

duo visible dans le miroir ondulant de l’eau


Chaque instant de paysage

me marque          de son poids d’éternité


Clapotis rythmé du lac contre le rivage

enseigne au silence

chant et cadence de la mouvance


Sur l’eau couleur de menthe j’avance

vers horizon du temps


Rai d’or de la libellule qui s’amuse à glaner


Lac au centre         forêt tout autour

lune au versant du firmament


Ce vigoureux pays bleuit

au tournant de l’âge


Le poème naît ici

du souffle des arbres et du vent


Les montagnes peignent leur profil

sur le canevas de l’eau


Le vent fait un bruit de pluie

dans les arbres


Quel ciseau ou pinceau pour labourer en l’art

visage de l’eau enlacée par arbre de montagne


Pleine lune :

ballon échappé par espiègle enfant


Le miroir du lac double le volume

des montagnes


Oser s’asseoir sur un nuage

pour mieux rêver le paysage


Nuit sans lune

festival des lucioles autour des camélias


Paysage qui ne connaît sel de l’âge


Lieu où ne recommence la lumière

puisqu’elle y demeure




Dans les médias


Bernard Anton fait renaître près de vingt ans de poésie avec Fêlures d’un Temps


Sept recueils devenus introuvables réunis dans une nouvelle édition qui retrace l’évolution d’une voix poétique de 1987 à 2004

Avec Fêlures d’un Temps et autres recueils poétiques, Bernard Anton ouvre à nouveau les portes d’une période majeure de son parcours littéraire. Cette deuxième édition, annoncée pour le 18 août 2026, rassemble sept recueils publiés entre 1987 et 2004, aujourd’hui réunis dans un même volume après avoir été longtemps difficiles à trouver.


Plus qu’une simple réédition, l’ouvrage permet de parcourir près de vingt années de création poétique et de suivre l’évolution d’une écriture qui, au fil du temps, explore l’amour, la mémoire, l’exil, la nature, la mort, la guerre, la spiritualité et cette volonté persistante de célébrer la vie malgré ses blessures. Le livre se présente ainsi comme le portrait d’une plume « en constante réinvention », dont la singularité avait été remarquée dès ses premières publications.


Sept livres réunis en un seul volume

Cette nouvelle édition rassemble : Fêlures d’un Temps I (1987), Fêlures d’un Temps II (1988), Fragments arbitraires (1989), Les anémones (1991), À une absence (1992), Écroulement de la Terre et des vivants suivi de Séquences du partir (1994) et Laurentïdes suivies de Automnales (2004).

Cette architecture donne au lecteur la possibilité de traverser plusieurs âges de l’écriture de Bernard Anton, de ses premiers textes consacrés aux blessures de l’enfance et de la mémoire jusqu’aux poèmes où la nature devient un véritable espace de contemplation et de réconciliation.


Des “fêlures” intimes à la lumière de l’espoir

Les premiers textes de Fêlures d’un Temps plongent dans les blessures invisibles de l’enfance, la solitude, les premiers émois amoureux, le départ, l’exil et la nostalgie. Mais la noirceur n’y est jamais définitive. Derrière l’absence et les blessures demeure une recherche de lumière, de beauté et d’amour capable de redonner un sens à l’existence.

Cette dualité entre fragilité et émerveillement est au cœur de l’univers de Bernard Anton. Dès 1988, Gaston Miron soulignait une poésie traversée à la fois par « la mémoire et les blessures » et par le merveilleux des images. Le critique et poète Jean Royer relevait pour sa part une « maîtrise peu commune du langage » et une poésie qui interroge la condition humaine face à la violence, à la mort et à l’amertume.


Une écriture qui change de forme sans perdre son identité

L’intérêt de cette compilation tient aussi à la diversité des écritures qu’elle rassemble.

Avec Fragments arbitraires, Bernard Anton adopte des formes extrêmement brèves : des instantanés poétiques où le vent, l’eau, la neige ou la lumière rencontrent les émotions et la mémoire. La logique s’efface alors au profit de l’intuition, du silence et de l’expérience sensible.

Dans Les anémones, la poésie bascule vers le conte, le mythe et la légende. La nature, l’amour et le merveilleux s’y mêlent dans un univers où le regard, les gestes, le silence et la musique deviennent eux-mêmes langage.

À une absence explore quant à lui le deuil après la disparition d’un être cher. La mort n’y est pas seulement abordée comme une rupture : elle devient progressivement passage, mystère et recherche d’une forme de paix. L’écriture, volontairement dépouillée, s’approche de la prière et de l’incantation.

La guerre, la condition humaine et la nécessité de rester vivant


Avec Écroulement de la Terre et des vivants, l’univers de Bernard Anton se fait plus brutal. Les mots deviennent plus incisifs pour évoquer la guerre, les victimes, la destruction et l’effondrement des repères humains. Pourtant, même dans ces paysages ravagés, le poète cherche encore ce qui demeure de l’humain derrière la violence et la mort.

On retrouve ainsi, plusieurs décennies avant certaines de ses œuvres contemporaines, des préoccupations qui continueront à traverser son travail : la paix, la dignité humaine, la mémoire des victimes, la violence des sociétés et la capacité de l’être humain à résister à la destruction.


La nature comme refuge et source de renaissance

Le parcours s’achève notamment avec Laurentïdes suivies de Automnales, publié initialement en 2004. La nature y occupe une place centrale. Lacs, montagnes, forêts, animaux, eau et lumière deviennent les protagonistes d’une poésie contemplative où l’être humain retrouve sa place au cœur du vivant.

Ces textes proposent un véritable retour aux sources et un art de vivre fondé sur l’émerveillement. La nature n’est plus seulement observée : elle devient une présence quotidienne, une force capable d’apaiser, de réconcilier et de réapprendre à regarder le monde.


Une œuvre de jeunesse qui dialogue avec l’auteur d’aujourd’hui

Relire ces sept recueils plusieurs décennies après leur première publication permet aussi de mesurer le chemin parcouru par Bernard Anton.

Professeur et thérapeute retraité, l’auteur a aujourd’hui signé plus d’une cinquantaine d’ouvrages, entre poésie, nouvelles, théâtre, romans et essais. Son travail a très tôt été remarqué pour son humanisme, sa richesse imagée et son rapport singulier à la langue française. Il est également le créateur du Prix Mur de l’espoir pour le haïku, fondé en 2020.


Fêlures d’un Temps permet ainsi de retrouver les racines d’une œuvre qui continue, près de quarante ans après ses premiers recueils, à se développer.

Sept livres réunis, près de vingt années de poésie et une même volonté : donner des mots aux blessures du temps sans jamais renoncer à la beauté qui peut en surgir.


Informations pratiques

Titre : Fêlures d’un Temps et autres recueils poétiques – 1987-2004

Auteur : Bernard Anton

Édition : 2e édition

Éditeur : Rouge-gorge d’Amérique

Parution annoncée : 18 août 2026

Illustration de couverture : Daniel Anton

ISBN PDF : 978-2-9825053-4-6

Site officiel : www.bernardanton.com

Page consacrée au livre : bernardanton.com/felures-d-un-temps


https://www.mhentertainment-shop.fr/post/bernard-anton-fait-rena%C3%AEtre-pr%C3%A8s-de-vingt-ans-de-po%C3%A9sie-avec-f%C3%AAlures-d-un-temps


Bernard Anton fait revivre son œuvre poétique


Le poète Bernard Anton, qui vit à Prévost depuis près de 30 ans, vient de publier une compilation de sept recueils épuisés depuis longtemps, pour rendre ces poèmes disponibles à nouveau.


De 1987 à 2004, Bernard Anton a patiemment bâti un univers où chaque mot pèse son poids de lumière et d’ombre. Cette réédition rassemble près de deux décennies de création, offrant le portrait d’une plume riche en images et en émotions, surtout en constante réinvention. Le septième recueil est consacré à la nature généreuse des Laurentides. Il est intitulé Laurentïdes (avec tréma). Ces éphémérides consignent la beauté de chaque instant de notre région.


Parcourir ces vingt ans de poésie, c’est assister au déploiement d’une voix unique, au son de cristal, qui traverse le temps. Voix reconnue d’emblée par Jean Royer, Gaston Miron, Jean Éthier-Blais pour sa fraîcheur et son originalité. Ces deux derniers ont préfacé deux de ses recueils. Dès les premiers vers, des thèmes fondamentaux comme l’amour, la mort, la nature, la guerre, la joie de vivre se croisent et se répondent.


Ce livre est une invitation à la redécouverte. Redécouverte d’une beauté et d’une sensibilité qui ne peuvent être oubliées.


Bernard Anton, Ph. D, professeur et thérapeute retraité, a signé plus de cinquante ouvrages. Les critiques ont décelé tôt le raffinement et l’humanisme de sa pensée et de son verbe. On l’a qualifié dès ses premiers recueils de « magicien des mots ». Son œuvre vise l’épanouissement et le bien-être des humains. Farouche défenseur de la richesse de la langue française, partout dans la francophonie, il a créé le Prix Mur de l’espoir pour le haïku en 2020.


Voir : Fêlures d'un Temps -bernardanton.com

Éditions Rouge-gorge d’Amérique

La Rédaction SSD

Journal Sky-se-dit, 10 septembre 2026, page 17

https://ski-se-dit.info/wp/wp-content/uploads/2026/09/09_53_SkiseDit_SEPT_2026_LOW3.pdf


Sur Youtube


Très belle entrevue autour de FÊLURES D'UN TEMPS (2e édition).
https://youtu.be/ppXrlvNewm8


Analyse sommaire de cette compilation


Fêlures d’un Temps de Bernard Anton


Cette nouvelle présentation met en lumière l'ancrage régional de Bernard Anton dans les Laurentides, à Prévost, apportant une dimension géographique et intime essentielle à la compréhension de son œuvre.


L'essentiel à retenir de ce nouvel éclairage


Un poète des Laurentides : Établi à Prévost depuis près de 30 ans, Bernard Anton puise une part majeure de son inspiration dans les paysages de sa région.

Le tréma de Laurentïdes : Le septième recueil de cette anthologie porte un tréma symbolique. Conçu comme des éphémérides, il immortalise la beauté changeante de la nature laurentienne. L'édition originale intégrait d'ailleurs des photographies prises par l'auteur lui-même.

La reconnaissance des pairs : Le texte confirme le rôle majeur de Jean Éthier-Blais aux côtés de Gaston Miron ; tous deux ont signé une préface pour l'un de ses recueils originaux, tandis que le critique Jean Royer a immédiatement salué la fraîcheur de sa voix au « son de cristal ».

Un profil d'humaniste : Qualifié de « magicien des mots », ce professeur et thérapeute retraité (titulaire d'un Ph. D.) conçoit sa poésie comme un outil de bien-être, d'épanouissement et de résilience pour l'être humain.


L'œuvre poétique de Bernard Anton traverse plusieurs décennies d'exploration stylistique et thématique. Le tableau analytique ci-dessous synthétise la structure de l'anthologie, l'évolution de son ton, ainsi que l'évolution de ses thèmes majeurs.


Structure et évolution de l'anthologie (1987-2004)


Période / Recueil

Style et Forme Poétique

Thématiques Principales

Tonalité / Ambiance

Fêlures d’un Temps I & II (1987-1988)

Poésie lyrique traditionnelle et métaphorique

Blessures de l’enfance, solitude, exil, premiers émois amoureux

Nostalgique, oscillant entre l'ombre et le merveilleux

Fragments arbitraires (1989)

Formes ultra-brèves, instantanés poétiques

Éléments naturels (vent, eau, neige, lumière), mémoire

Intuitive, silencieuse, axée sur l'expérience sensible

Les anémones (1991)

Registre narratif, proche du conte et de la légende

Mythes, nature sacrée, langage du regard et de la musique

Merveilleuse, onirique, intemporelle

À une absence (1992)

Écriture dépouillée, incantatoire, proche de la prière

Deuil, disparition d'un être cher, mystère de la mort

Méditative, solennelle, en quête de paix

Écroulement de la Terre... (1994)

Mots incisifs, rythme brutal, écriture de rupture

Guerre, destruction, résilience, dignité humaine

Sombre, révoltée, mais ancrée dans la résistance

Laurentïdes / Automnales (2004)

Poésie contemplative et organique

Paysages (lacs, forêts), règne animal, retour aux sources

Apaisée, émerveillée, réconciliée avec le vivant


Trajectoire thématique globale


Le traitement de la souffrance : L'œuvre passe d'une douleur intime et psychologique (les fêlures de l'enfance) à une confrontation brute avec la tragédie collective (la guerre), pour finir par s'apaiser.

Le rôle de la nature : D'abord simple décor ou miroir des émotions dans les Fragments, la nature devient un espace mythologique (Les anémones), puis s'impose finalement comme une force thérapeutique et spirituelle (Laurentïdes).

La quête de lumière : Malgré la noirceur de thèmes comme le deuil ou la destruction, chaque recueil conserve une volonté persistante de résister à la négativité pour célébrer la vie et la beauté.


Qualités du livre


Rareté : Ce recueil réunit sept recueils historiques qui étaient devenus totalement introuvables sur le marché.

Critiques élogieuses : Il s'appuie sur la reconnaissance historique de figures majeures des lettres québécoises, notamment des éloges signés par Gaston Miron (mémoire et merveilleux des images) et Jean Royer (maîtrise du langage face à la condition humaine).

Progression narrative : Le livre est construit comme un voyage thérapeutique, partant des traumatismes intimes (Fêlures) et de la violence collective (Écroulement de la Terre) pour aboutir à une paix organique portée par la nature (Laurentïdes).